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Fantan Mojah, le feu sacré s'est éteint
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Fantan Mojah, le feu sacré s'est éteint

Publié le par Ben Peronne

Le chanteur jamaïcain Fantan Mojah s'en est allé le 14 juillet 2026, à 49 ans, emporté par des complications cardiaques. Trois semaines avant de souffler ses cinquante bougies, celui qui avait fait du message rasta son étendard a tiré sa révérence, laissant derrière lui une discographie incandescente et le souvenir d'un artiste qui n'a jamais transigé avec ses convictions.

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Il y a des trajectoires qui ressemblent à des paraboles bibliques. Celle d'Owen Moncrieffe, né dans les collines de St Elizabeth en août 1975, en fait partie. Avant de devenir Fantan Mojah, le gamin participait à des concours de chant locaux, rêvant probablement d'horizons plus vastes que les terres agricoles de sa paroisse natale. À neuf ans, il quitte le sud rural pour Kingston, cette ville-monde où se fracassent les destins et où se forgent les légendes du reggae.

Dans la capitale jamaïcaine, le jeune Owen ne débarque pas en terrain conquis. Il devient roadie pour le mythique Killamanjaro Sound System, celui-là même qui a lancé Sizzla quelques années plus tôt. Il se fait alors appeler « Mad Killer », en hommage à son idole Bounty Killer. Un nom de guerre taillé pour le dancehall des années 90, époque où les clash verbaux pouvaient s'avérer aussi tranchants que des lames de rasoir.

Mais 1997 marque un tournant. Sa rencontre avec Capleton et la David House le pousse vers rasta. Exit Mad Killer, place à Fantan Mojah ! « Mojah » signifiant « amour » dans un dialecte africain, selon l'intéressé. Le tueur fou se mue en messager spirituel. Il écrit des textes pour Capleton, affûte sa plume, peaufine son message. La chrysalide prépare sa métamorphose.



Le papillon déploie ses ailes en 2004. Sur l'Invasion Riddim, sa voix grave et habitée porte « Hungry », un titre qui raconte la faim, celle du ventre, mais aussi celle de l'âme. Downsound Records et Joe Bogdanovich flairent le potentiel. Dans la foulée, « Hail To The King » confirme l'essai : un nyabinghi roots qui impose Fantan Mojah comme une voix majeure du reggae conscient. Le laveur de vitres, car oui, il avait exercé ce métier pour survivre accède enfin à la lumière.

L'album « Hail The King » sort en 2005 chez Greensleeves Records, suivi de « Stronger » en 2008 et « Soul Rasta » en 2016. Entre-temps, Fantan Mojah enchaîne les scènes internationales : SummerJam en Allemagne, festivals européens, tournées caribéennes. Sur les riddims de Don Corleon, Digital B ou Irie Ites, il pose des textes où la foi rasta côtoie la critique sociale. « Rasta Got Soul », son titre peut-être le plus célèbre, résume à lui seul sa philosophie : le roots comme vecteur de spiritualité, le micro comme chaire.



Les dernières années furent plus difficiles. En juillet 2024, alors qu'il devait partager l'affiche du Reggae Therapy en Martinique avec Alpha Blondy et Etana, son cœur fonctionnant alors à seulement 15% de sa capacité l'a cloué sur un lit d'hôpital. Il semblait pourtant remonter la pente, reprenant la route européenne début 2025. Le Reggae Jam Festival allemand l'attendait encore cet été. Les visas Schengen venaient d'être approuvés.

Mais le destin en a décidé autrement. Mardi 14 juillet 2026, à l'hôpital universitaire de Kingston, Fantan Mojah a rendu les armes. Il laisse au moins cinq enfants et une communauté reggae orpheline d'une voix qui refusait obstinément de se taire.

Le Reggae Sumfest lui rendra hommage ce samedi 18 juillet à Plantation Cove. Joe Bogdanovich, son ancien mentor devenu parfois adversaire, les relations entre les deux hommes s'étaient distendues au fil des ans, a salué « un vrai soldat de la musique reggae ». Au-delà des différends, reste l'essentiel : Fantan Mojah n'a jamais dilué son message pour plaire, jamais troqué ses convictions contre des streams. Dans une industrie musicale qui broie souvent les idéalistes, il est resté debout jusqu'au bout. Le feu sacré s'est éteint, mais la chaleur demeure.